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Donnons le pas au x plus nombreux, en commençant ce compte rendu par
LES PIANISTES A L'EXPOSITION.
L'Amérique est à deux pas ; allons d'abord en Amérique.
Un jour ce pauvre Wallace, que j'ai vu mourant à Passy, l'an dernier, fit naufrage dans je ne sais plus quelle partie des archipels indiens. Peut-être était-ce dans les archipels de Laguedives; mais je n'assure rien à cet égard.
Il faut savoir que Wallace avait voyagé trois fois plus que Fernand
• ET LES INSTRUMENTS DE MUSIQUE. 293
Cortez , et composé presque autant de musique que Haydn, le plus fécond des compositeurs.
Wallace possédait d'autres mérites encore ; il pêchait à la ligne aussi bien que mon ami Wallut, du Musée des Familles , et il jouait en virtuose du piano et du violon : du piano surtout.
Quand on demandait à Wallace ce qu'il avait appris dans ses excursions à travers les cinq parties du globe, il répondait : « J'ai appris que partout, où il y a deux hommes, il se trouve au moins un pianiste. »
Dans le naufrage en question, tout le monde périt excepté lui et le cuisinier du bord, un nègre de la plus belle réglisse.
L'artiste culinaire et le pianiste compositeur abordèrent dans une île qu'ils crurent déserte , mais qui très-heureusement ne l'était point. Wallace avait un sang-froid extraordinaire et la plaisanterie sérieuse.
— Nous l'avons échappé belle , dit-il au nègre.
— C'est vrai, répondit celui-ci.
— Cette île est„je crois, déserte.
— Je le crois aussi.
— Je suis plus à plaindre que vous.
— Pourquoi ?
Parce que vous êtes cuisinier, et que si l'un des deux doit être mangé par l'autre, il est juste que ce soit moi. Je ne saurais vous arranger à aucune sauce et vous m'accommoderiez très-bien à toutes.
— Je frémis pour vous, fit le nègre avec conviction ; ce que vous venez de dire est si raisonnable !...
— N'est-ce pas que c'est raisonnable?... Une question : Ètes-vous pianiste ?
— Non, pas du tout.
— Moi je le suis. Il est fâcheux que vous ne le soyez pas ; nous aurions été deux pianistes sur deux hommes dans cette île déserte.
Si Wallace avait vécu, il serait allé visiter l'exposition américaine, et il aurait constaté avec joie que de trois à cinq heures, sur deux personnes, on y comptait ace moins deux pianistes. C'était une fureur sans exemple , et tout cé qui se pique de manier un clavier a voulu voir et essayer les pianos de MM. Steinway, de New-York, et Chikering, de Boston. Ces pianos ont été les lions mugissants et chantants de l'Exposition, et il était vraiment bien curieux d'assister aux concerts improvisés auxquels ils donnaient lieu chaque jour. On y voyait des dilettanti de toutes les nations attirés par la renommée des instruments améri-
4. LA MUSIQUE, LES MUSICIENS
tains, qui est, à cette heure, une renommée universelle , surtout en ce qui concerne les piands de MM. Steinway. Assez réservés d'abord, car ils craignaient le humbug (chercher dans les Mémoires de Bornions la signification de ce mot), on les voyait peu à peu , séduits par les sous de l'instrument, applaudir et crier bravo avec l'élan de l'enthousiasme. Il y avait là des études de moeurs à faire avec des études musicales.
Les gens qui ne payent pas leur place étant toujours très-exigeants, il fallaitAl'état-major de nos pianistes pour faire entendre les monarques de la facture américaine. Sans compter un certain nombre d'amateurs de talent, qui ont voulu se rendre compte par eux•mêmes des qualités diverses de ces instruments, les pianos de MM. Steinway ont été joués successivement par 'el, Ketterer, Louis Laconnbe, Marmontel, Lavignac, Delahaye, Lack, Magnus , Steiner, Morgenstern , Jaél, Joséphine Martin, Lefébure-Wély, Augusta Holmes ; j'en passe et des meilleurs.
Une fois Diénier s'est emparé de la place, et pendant plus d'une heure il a tenu attentive une foule compacte. MM. Steinway avaient exposé trois pianos à queue, un piano carré et un piano droit ; Diémer a voulu jouer sur chacun de ces instruments, et pour les comparer entre eux, des morceaux de différents caractères. Le résultat de cette comparaison a été tout un programme de concert extrêmement intéressant.
Deux ou trois fois ce couple charmant qui s'appelle les sueurs Lefébure-Wély a ravi les auditeurs improvisés par des duos symphoniques pour deux pianos de la composition de Lefébure, leur père et leur digne maitre.
Il m'arriva de rencontrer à l'Exposition M. Ritter, le père très-marseillais de Théodore que vous connaissez tous, et dont le seul tort est de se dira malade quand il a promis à un ami d'aller jouer chez lui.
— Vous ici, mon bon, me dit le père de Théodore avec l'accent de son pays qui donne tant de relief à la pensée; l'affaire sera chaude aujourd'hui.
— Quelle affaire ?
— Eh! parbleu , le duel.
— Quel duel? Il y a donc un duel ?
— Mais on se bat à cent mètres du Jardin central , en Amérique.
— Pas possible!
-- C'est comme j'ai l'honneur de vous le dire.
-- Et c'est sérieux ?
-- Tout ce qu'il y a de plus sérieux, un combat à mort.
ET LES INSTRUUENTS UE MUS/QUE. 215
-- Grand Dieu! ces Américains n'en font jamais d'autre. Le nom des combattants, je vous prie ?
- Ce ne sont pas des Américains. L'un est né en Allemagne et appartient un peu à tous les pays, il se nomme Jaén ; l'autre, je ne vous endirai rien , si ce n'est qu'il est Français et qu'il m'a plu de l'appeler Théodore Ifitter. Quant aux armes dont les champions font usage, on peut dire qu'elles sont à longue portée, car ce sont des pianos à grande queue des célèbres fabriques de Chickering, de Boston, et de Steinway, de Ne'Vv-York. —Vous m'avez fait peur, dis-je à cet hurnouristique descendant des Phocéens d'Ionie, à ce digne fils de la Cannebière. Mais, repris-je, me voilà rassuré et prêt à vous suivre.
Et j'assistai à cet harmonieux duel, qui avait tout l'attrait d'un concert et tout l'intérêt d'une lutte. Par Apollon ! c'était plaisir de voir Théodore Ritter répondre avec ce jeu si sûr ,"si bien nuancé , — trop nuancé, peut-être, — si savant et si distingué, qu'il va parfois jusqu'à l'afféterie, aux formidables attaques de DM!' , lequel, par une tactique adroite, a soudain démasqué une batterie nouvelle desservie par la gracieuse M." Jailli (née Trautmann), d'où il est résulté un morceau à deux pianos d'un effet tel qu'on a vu une princesse, la princesse de Chimay, applaudir comme au Conservatoire et demander bis. Il est vrai que l'ennemi tenait en réserve M"" Escudier-Kastner, une réserve rare, une force charmante devant laquelle toute résistance paraît bien difficile. En effet M"» Eseudier-Kastner se fit entendre à son tour sur un chikering, et la victoire serait restée indécise si la lutte avait eu lieu à armes égales. Les Steinway arrivèrent les premiers de la longueur de plusieurs -vibrations, cela devait être.
Du reste, il ne s'agissait pas ici de juger de la valeur des exécutants , connue et appréeiéedepuis longtemps, mais du mérite des pianos étrangers, dont l'apparition en France fut un véritable événement musical. Sans chercher en aucune façon à amoindrir la valeur des pianos de Chikering , qui ont été pendant longtemps sans rivaux en Amérique et qui restent des instruments de premier ordre, on devait reconnaître, et on a reconnu que les pianos de MM. Steinway père et fils l'emportent par la puissance du son, la majesté des basses, la plénitude du médium et le brillant des octaves supérieures. Cela a été dit par tous les artistes indépendants et solennellement consacré dans le rapport officiel de M. Fétis. Il faut ajouter que le toucher des pianos Steinway est des plus faciles, sans aucun empâtement, ce qui permet l'exécution des passages
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les plus vaporeux aussi bien que les foudres d'harmonie lancées par volées de gammes chromatiques, à la force du poignet ou du bras. Quelle richesse de coloris, et comme la vibration se prolonge pure et expressive l Je l'avoue en toute humilité, je n'avais pas cru les Américains capables de conquérir jamais le premier rang dans cette branche si difficile des produitsartistiques. Je les savais très-industriels, je ne les croyais pas si hommes de goût, si artistes. Il faut pourtant se rendre à l'évidence , et à moins de se boucher les oreilles (et encore ces pianos ont tant de son I), on doit déclarer en toute franchise ces instruments admirables parmi les plus justement admirés.
On m'a assuré qu'il ne sortait pas un seul piano à queue des fabriques new-yorkaises de MM. Steinway à moins de 6,000 francs. C'est un beau denier; mais pour nous, Français, qui n'avons pas à subir le prix de ces instruments, qui n'avonsa apprécier que leurs qualités, nous leur décernons des compliments sans restriction.
Au reste, les pianos américains ont toujourscoûté beaucoup plus cher que les pianos français, et c'est à cette circonstance que je dois d'avoir vu, pendant mon séjour à New-York, un excellent pianiste se faire escamoteur et débuter comme tel dans Niblo's Saloon .11. n'aurait pas pu avoir un piano de concert à moins de 1,200 dollars ; or, on lui offrit d'occasion un attirail de prestidigitateur pour la moitié de ce prix. Il acheta doue l'attirail et devint sorcier. J'ai vu le prestidigitateur, et je l'ai trouvé fort adroit. Cependant les recettes ne répondant pas à ses espérances , il quitta les gobelets et retourna au piano.
Le nom de ce curieux artiste m'échappe, mais je puis dire que je n'ai jamais entendu mieux jouer le rondo capricioso , de Mendelssohn, que par lui, à cette même salle de Niblo où je l'avais vu, quelques jours auparavant, raccommoder, d'un coup de pistolet, une montre pilée dans - un mortier.
A mesure que la réputation des pianos américains s'établissait dans le publie, ce petit carré de l'Amérique harmonieuse devint une véritable salle de concert. -
Les abonnés s'y installaient à I', rance, des dames du monde le plus élégant y firent retenir des chaises, et les méthodistes protestants s'en mélèrent. Mon Dieu, oui. Habillés de l'ancienne redingote à la propriétaire , le corps raide', la démarche raide , la physionomie raide, ils demandèrent avec raideur, au nom de la Bible qu'ils ont toujours sous le bras, que les pianos fussent fermés le dimanche, jour du repos pour les hommes comme pour les instruments.
ET LES INSTRUMENTS. DE MUSIQUE. 297
C'était raide, comme on dit aujourd'hui. Je ne sais pas ce qui fut répondu à ces austères interprètes de la loi du Très-Haut ; ce que je sais, c'est que fêtes et dimanches, sans trêve ni merci, les pianos américains continuèrent d evibrer et d'attirer des flots de curieux et d'admirateurs. N'est-ce pas un dimanche que j'entendis, à la section des pianos Steinway, un concert dont j'ai conservé le programme 1 Voyez si nulle part ou joue de meilleure musique :
D Trio de Mignon, pour orgue , violon et piano (Mile Marie Lefébure-Wély ,
MM. Sarasate et Lefébure-Wély).
2. Prélude de Bach, de Gounod (par les mêmes)
3' Duo pour piano et violon sur Faust (par Diémer et Sarasate). •
40 Duo symphonique pour 2 pianos, de Lefébure-Wély Lefébure-Wély).
Mais le plus vaillant, le plus dévoué, le plus assidu, et certainement l'un des plus habiles pianistes qui se soient passionnés pour les pianos de MM. Steinway et en aient tiré le plus excellent parti, c'est Magnus , l'excellent Magnus, dont les succès à l'Exposition ont pris le caractère d'un succès de vogue. Ce pianiste distingué s'était identifié merveilleusement avec les magnifiques instruments dont il avait la mission de faire valoir les qualités ; il les pliait à tous ses caprices avec un bonheur extrême. Jamais ils ne parurent plus parfaits que sous ses doigts vaillants, dans ses longues et si heureuses improvisations. Si la réputation de ce pianiste-compositeur n'était établie depuis longtemps comme un de nos virtuoses les plus brillants dans la musique moderne, les plus sévères et les plus purs quand il s'agit d'interpréter les classiques, sa renommée se serait faite au Champ-de-Mars.
Du côté de M. Chikering , M. Boscowitch a tenu haut et ferme le drapeau musical de la maison qui lui avait confié ses intérêts. Cet artiste possède un grand mécanisme et il a pu, après la fermeture de l'Exposition, entreprendre en province, notamment en Bretagne, une tournée de concerté qui a fort bien réussi.
Un de nos excellents confrères de la presse parisienne (tous les confrères sont excellents) reprochait aux pianistes qui se sont fait entendre journellement à l'Exposition, de prodiguer leur talent au profit des facteurs qui les engagent. Puisqu'il s'agit de faire apprécier au public le son des pianos exposés, je trouve, moi, que les facteurs out eu grandement raison d'engager des pianistes, plutôt, par exemple, que des fabricants de bas à la mécanique, ou des capitaines au long cours. D'un autre côté je considère les pianistes comme très-excusables, vivant de
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leur talent, d'employer ce talent à vivre le mieux possible en se faisant payer le plus possible par ceux qui ont besoin de leur ministère. .1 moins da décréter qu'à l'avenir l'État fournira à chaque pianiste une rente suffisante pour jouer en amateur, je ne prévois aucun changement dans les habitudes des héros de l'ivoire et de la triple croche.
Le long combat acharné, féroce et harmonieux des pianos Chikering et Steinway-, qui a eu pour témoins des vingtaines de mille curieux appartenant à tous les pays du monde, sur les quatre millions de personnes qui ont pénétré dans l'Exposition, ce long combat, dis-je, n'a porté et ne pouvait.porter aucun tort aux séances pleines d'attraits dont les pianos d'Érard, de Pleyel et de Henri Harz ont fait les frais.
C'était fête à l'Exposition toutes les foisqu e Secrétain, élève de Henri
Herz, ou que le mattre lui-même mettait enjeu les qualités si éminentes d'un piano Louis XV, qui est aussi un chef-d'oeuvre d'ornementation.
La classe 10 était trop étroite quand les demoiselles Lefébure-Wély, , MM. Georges Pfeiffer, Ritter, Saint-Saens, Ketten, et beaucoup d'autres semaient de perles enchanteresses le docile clavier d'un des très-beaux pianos de la maison Pleyel.
Mlle Bobines a fait sur le piano d'Érard deux ou trois conférences musicales des plus remarquables et des plus remarquées. MH° notules est plus qu'un talent, c'est un génie. Wagner et Litz sont ses auteurs de prédilection. Elle les comprend toujours et les explique quelquefois.' C'est énorme,
Quant à Alfred Quidant, c'est toujours le plus adroit préludons. que je connaisse. Il n'a rien perdu de son habileté, au contraire, depuisle jour où je l'entendis jouer à Londres à l'Exposition internationale de 1861, devant la reine d'Angleterre et le prince Albert. Quidant n'a pas peu contribué en cette occasion à faire pencher la balance du jury en faveur du piano d'Érard. Elle menaçait de rester éternellement imipobile, cette balance de la justice instrumentale, entre ce piano franco-anglais et les instruments de premier ordre de Broadwood et de Collard et Collard. Enfin elle pencha, et la grande médaille dut être pour M. Érard, si convaincu de ses mérites et enfiévré par la lutte, le plus beau jour de sa vie.
On ne sait pas assez dans le public à quoi souvent tient le succès d'un concurrent d'exposition. Il en est des luttes industrielles comme des batailles de nation à nation : la valeur des combattants ne suffit pas toujours; il faut aussi de la stratégie et... du bonheur.
Nous retrouvons M." Escu d ier-Kastner mettant son magnifique talent
ET LES INSTRUMENTS DE MUSIQUE.
au profitdespianos de la maisonPhilippe Herz neveu et compagnie. Ces instruments encore peu connus du public, sont appréciés des artistes. Les pianos de Gaveaux ont été souvent honorés des improvisations des pianistes qui, en passant, semaient des arpéges (je ne dis pas des asperges) sur les claviers de leur sympathie.
C'est ainsi que j'ai entendu résonner le beau piano à queue de MM. Mangeot, frères, de Nancy, les seuls concessionnaires (disons—le entre parenthèses) des brevets de MM. Steinway pour la France.
Les excellents instruments de Broadwood, de Londres, ont aussi reçu la visite des grands pianistes, et attiré de nombreux amateurs.
Tout ce qu'il y a de pianistes belges à Paris, Gevaért en tête, ont salué des doigts les nombreux pianos belges dont nous apprécierons en temps et lieu les qualités diverses.
Ce ne sont pas les exécutants habiles, tant allemands que français, qui ont fait défaut aux pianos prussiens, autrichiens, et de toutes les autres parties de la Germanie.
M. Ketten a triomphé plus d'une fois en Prusse, pendant que Mme de Caillas, une des bonnes élèves d'Henri Herz , et MM. Georges Steiner et Morgenstern, élève de Lista , se couvraient de gloire en Autriche. L'Espagne elle-même a eu ses concerts improvisés de pianistes, et j'ai entendu loin des deux Castilles un jeune négrillon—pour qui, je l'espère, une blanche ne vaut pas toujours deux noires, — jouer d'enthousiasme sur un piano australien.
Mais il est temps de varier nos plaisirs et de quitter les pianos et les pianistes pour les orgues, leurs illustres aînées en clavier.
LES ORGANISTES A L'EXPOSITION.
Nous serons bref,—il le faut,—comme un bulletin de victoire. Les organistes sont de bons princes, et ils nous pardonneront notre laconisme en songeant à tout ce qui nous reste encore à dire.
Les harmoniums de Debain étaient joués régulièrement par Alfred Lebeau. Instruments et artiste sont assez connus pour nous dispenser de faire leur éloge, ni d'entrer dans aucun détail.
Les petites orgues d'Alexandre, père et fils, ont charmé plus d'un auditoire d'élite, en méritant l'approbation unanime des artistes et du public. Tous les organistes de Paris ont essayé, avec beaucoup d'intérêt et de plaisir, les harmoniums américains à un et e plusieurs claviers, de MM. Mason et Hamlin, de New-York.
300 LA MUSIQUE, LES. MUSICIENS
M. Lefébure-Wély s'est voué doigts et âme è l'orgue Mustel, dont, plus que personne, il a fait ressortir les précieux avantages.
À la chapelle de l'Exposition, où se trouvait exposé le bel orgue (le M. Cavaillé-Coll, ce roi du roi des instruments, il y a eu de véritables concerts de musique religieuse. Outre M. Charles Hess, qui jouait régulièrement les dimanches et les vendredis, de trois à quatre heures, nous y avons entendu plusieurs cantatrices, notamment MI' Marie Godebert, de Laval, dans la Prière de Soir, de Léon Hess. Ne fallait-il pas prouver que les sons de l'orgue s'allient à merveille avec la voix humaine ?
Nos meilleurs organistes de Paris, Camille Saint-Saëns , Durand, Batiste, Renaud de Vilbac, Chauvet, Dubois, et quelques organistes de province qui jouissent d'une réputation bien acquise , M. Guillemant, de Saint-Nicolas, à Boulogne-sur-Mer, et d'Etcheverry, de Saint- Paul, à Bordeaux, ont touché journellement les grandes orgues de Merklin-Schutze, et ce n'est jamais le public qui leur a fait défaut.
DE QUELQUES AUTRES VIRTUOSES A L'EXPOSITION.
Citons encore quelques artistes que nous avons vus se produire aux heures privilégiées devant la vitrine des luthiers, comme de simples mortels, sans nul souci des curieux qu'ils attiraient sans le vouloir, et quelquefois sans s'en apercevoir. J'ai entendu, dans la division française et dans quelques divisions étrangères, Sivori, Vieuxtem ps, asserrc, Sarazate, Leroy, Baveux, Rolbeck, Robyns,Veslye, Clyette, Schlotmann, ;Bohr, Arban, Mayeur, etc., préluder et jouer comme sur le pouce, des fragments de concertos et des fantaisies à ravir les plus difficiles. Ces artistes exécutaient pour eux et non pour ceux qui les écoutaient, et en vérité ils se montraient ainsi souvent supérieurs à eux-mémos, alors qu'ifs jouent pour les autres, en habit et en cravate blanche.
Et comme rien n'est plus contagieux que la musique, des cantatrices se sont quelquefois mises de la partie. C'est ainsi que cette exposition de tous les produits de l'industrie a retenti des doux accents de deux cantatrices qui vont de pair pour le talent et les grâces personnelles : Rives et Anais Boulle. Si je le voulais bien, je citerais aussi des ténors et des basses, des barytons et même un contralto masculin ; mais j'en ai dit assez sur les concerts d'essai.
Toutefois je ne voudrais pas omettre de constater le succès obtenu par les élèves de l'école Arnaud Choyé, lesquels, à plusieurs reprises, se sont réunis dans l'intérieur de l'Exposition pour y chanter les plus beaux choeurs de leur répertoire.
ET LES INSTRUMENTS DE MUSIQUE. 304
On nous permettra de ne mentionner que pour mémoire les concerts fournis par les instruments mécaniques et les instruments mixtes , tels que le piano à sons prolongés, le piano quatuor, les mélophones et Pharmoniflûte. Nous parlerons de ces divers instruments au chapitre qui traite spécialement de l'exposition des instruments.
Avons-nous tout dit sur la partie de notre ouvrage concernant l'exécution musicale? Pas encore.
Il nous reste à vous entretenir de la dernière séance musicale qui se rattache à l'Exposition de 1867. Je veux parler de l'exécution de la cantate mise au concours et solennellement couronnée.
Exécution au Cirque de l'Impératrice des NOCES DE PROMÉTHÉE, cantate couronnée au Concours international, paroles de DI. Romain Cornai, fils, musique de M. Saint-Satins.
La Commission impériale avait promis, par l'organe de son comité (Ire section), de fournir les éléments nécessaires à une bonne exécution de la cantate couronnée. Les circonstances ont fait que la Commission impériale n'a pas tout à fait tenu ses engagements.
Il est parfaitement vrai que M. Berger, secrétaire de la Commission impériale, et dont les rapports avec les artistes et les représentants de la presse ont été si courtois, avait offert à M. Saint-Saëns de faire exécuter sa cantate au Palais de l'Industrie. Le compositeur refusa, . il eut raison, dans l'intérêt de son oeuvre. Quelle voix eût été assez puissante pour rendre, je ne dis pas l'effet, mais exprimer seulement d'une manière intelligible les nombreux récitatifs qui s'y trouvent, les nombreux passages, remarquables surtout par les finesses harmoniques et le caractère poétique? Dans un semblable local, les Noces de Prométhée n'eussent pu être écoutées jusqu'à la fin. Puis le temps se passa, le budget affecté à la partie de l'exposition musicale s'épuisa, et M. Le Play fit la grimace quand M. Saint-Saëns parla de ses droits auprès de lui.
Les compositeurs sont toujours un peu crispés, lorsqu'il s'agit de leurs productions, et notre excellent ami Saint—Saëns, qui réunit tant de belles et aimables qualités, n'a pas la patiençe en partage. M. Le Play parut au compositeur, naturellement nerveux, beaucoup plus intraitable qu'il ne l'était en réalité. Tout allait s'arranger, et nous en avons eu la preuve, quand le compositeur, sans se donner le
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temps de réfléchir, courut au Figaro porter la lettre suivante adressée à M. Tarbé.
MONSIEUR,
M. Le Play m'a déclaré aujourd'hui, que tout l'argent destiné aux exécutions musicales étant dépensé, il n'en restait plus pour ma cantate. J'ai allégué la promesse formelle d'exécution insérée au Moniteur, une première fois dans le programme du concours, et une seconde fois dans le rapport. Il m'a répondu que cette promesse, faite par le comité de musique, n'engageait pas la Commission impériale (I I I I)
Il me laisse gracieusement la liberté de la faire exécuter (pas la Commission impériale) comme je pourrai. Je suis entré aujourd'hui même en pourparlers avec l'Opéra.
Veuillez agréer mes meilleurs compliments.
C. SAINT-SAENS.
M. Le Play avait—il tenu strictement ce langage ? Il est permis de croire que le compositeur, craignant pour sun oeuvre favorite comme un bon père craint pour son fils bien—aimé, avait exagéré le sens des paroles du commissaire général. Toujours est-il qu'après l'insertion de ce billet, M. Le Play, très-mécontent, ne voulut plus entendre parler de la cantate. Il se ravisa cependant, et il fit bien, car, en définitive, Saint- Sens avait des droits très-respectables qu'il eût été on ne peut plus choquant de voir méconnus. Deux mille cinq cents francs furent mis à la disposition du lauréat. C'était bien quelque chose, mais ce n'était pas assez, car la Commission impériale avait promis de fournir au vainqueur du concours les éléments d'une bonne exécution. Or, ce n'est pointavee cette chétive somme de deux mille cinq cents francs que cette exécution devenait possible. La Commission eut un second tort : celui de s'être laissé arracher à grand'peine ce subside et de ne point assister, môme par députation, à l'exécution de l'obuvrc couronnée par ses soins. Saint—Saëns avait droit à plus d'égards, comme homme, comme artiste hautement estimé depuis longtemps, et surtout comme lauréat, vis-à-vis de la Commission.
Mais connue les torts devaient être partagés en cette circonstance, le compositeur a eu, outre celui de brusquer les événements, celui de }tater l'exécution de son ceuvre en la produisant dans un local impropre et dans des eonditions musicales dangereuses pour le succès.
C'est dans la salle du. Conservatoire que nous aurions voulu entendre
ET LES INSTRUMENTS DE MUSIQUE. 303
cette remarquable composition, 'et non au cirque de l'Impératrice, où l'orchestre et les chœurs se trouvaient enguirlandés d'échelles de cordes et de tout l'attirail de gymnastique, avec un trapèze de Damoclès suspendu sur toutes les tètes. Au Conservatoire, nous aurions reçu plus colorés, plus vivants, plus profonds, les accents des trois principaux interprètes, Mlle Sasse, MM. Faure et Warrot.
Malgré tout, le public a ratifié par ses applaudissements la décision du jury, et Saint—Saëns est sorti triomphant de cette épreuve extrêmement scabreuse.
Rien de banal dans cette partition, dont quelques morceaux sont animés par le feu divin que Prométhée avait dérobé au Ciel, et qui s'appelle le génie. Un souffle wagnérien (saluez, admirateurs de la musique de l'avenir) traverse l'instrumentation, sans toutefois altérer la pensée ni nuire aux contours de la forme. Le compositeur s'élance résolûment jusque dans l'empire de Jupiter, à la suite du rédempteur païen, et son vol est audacieux et noble ; il aime les sommets et passe par-dessus les précipices de l'art, sans crainte du vertige. On le suit du regard et de l'ouïe ; et si parfois quelque brouillard harmonique le dérobe à nos sens , c'est pour reparaître bientôt plus brillant et plus fier que jamais. Voyez avec quelle énergique grandeur il fait sonner les cuivres au début du récit, et avec quel instinctif mépris de la vulgarité il sait éviter les rhythmes connus et les successions trop souvent employées pour tisser sa trame mélodique d'intervalles hardis sans être bizarres, réguliers et pourtant étranges t Ces cuivres formidables, qui semblent se mouvoir dans une gamme perdue, ont la profondeur du mystère et la perspective de l'idéal. Nous les contemplons, ils nous ébranlent de leurs longues vibrations, et on les dirait produits
Aux connes du vieil univers,
Sur d'horribles rochers connus des seuls hivers.
L'orchestre sert d'éloquent commentaire à la poésie, et l'on devine, à de froids accords, à de douloureux dessins produits au milieu d'une épopée à la fois sombre et sereine, ardente et résignée, Prométhée, le Titan inflexible,
Muet dans sa douleur terrible, Le corps broyé, l'aune paisible.
Le Chant de l'Humanité, qui succède à cette belle introduction, est peut-etre un peu court relativement. Puis vient le Choeur des Peuples,
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écrit de main de maitre, à la Handel, en style fugué, et que nous jugerions irréprochable ei ses développements, parfois un peu écourtés, se trouvaient mieux en rapport avec l'introduction instrumentale. La beauté d'une œuvre est dans l'harmonie des diverses parties qui la composent, autant que dans les qualités de ces parties considérées isolément. Voilà en quoi surtout, on a pu comparer l'architecture à la musique.
Mais nous avons mieux à faire que de suivre pas à pas le compositeur dans son oeuvre.
Je ne sais pas de tâche plus ingrate que d'analyser une partition.
Ce n'est pas avec des mots, fussent-ils alignés par Lamartine ou Victor Hugo, qu'on pourrait faire nattre les sensations éveillées par le plus immatériel des arts.
Mendelssohn n'a-t-il pas dit quelque part que, si l'on pouvait représenter la musique par des mots, il n'aurait jamais écrit une seule note?
Avant lui, Charles-Marie de Weber avait écrit à un ami cette phrase significative : a Je ne vous parle pas de mes ouvrages, entendez-les. s Enfin Alphonse Karr a dit, à propos de son père, professeur de piano et compositeur distingué : « La musique commence son langage où la poésie finit le sien. »
Oui, nous avons mieux à faire que de parler sur la musique de M. Saint-Saëns ; ce que nous avons de mieux à faire, c'est de détacher quelques pages de cette musique et de l'offrir à l'appréciation de nos lecteurs. Le compositeur s'est prêté de fort bonne grâce à notre désir, en réduisant, avec accompagnement de piano, le final de sa cantate. Le voici.
Nous avons la conviction qu'après en avoir pris connaissance, les musiciens s'associeront aux éloges qu'en ont faits les juges du concours et la critique spéciale.
ET LES INSTRUMENTS DE MUSIQUE. 30.


C'estlejourdegloi- re de l'humant - té!
1-v.-=--j-ha--ee- - il - --H
308 LA MUSIQUE, LES MUSICIENS
H ne nous reste plus qu'a donner un souvenir sympathique aux interprètes de cette oeuvre, dont les quelques taches sont effacées par les pl us lumineuses inspirations.
Warot a dit le récit en musicien parfait, qui comprend et sait interpréter les grandes beautés de l'art. Mme Sasse a mis plus que sa magmtique voix au service du Chant de l' Humanité ,elle y a mis son coeur. Elle a été parfois sublime dans ce chant de reconnaissance passionnée qui s'élève à l'esprit comme une apothéose. Faure, dans l'air de Prométhée, a déployé cette grande richesse de style, avec cette ardeur et cette conviction de l'artiste noblement ému, toujours sâr de lui- même. L'orchestre et les choeurs dirigés par le compositeur auraient eu besoin d'une ou de deux répétitions encore. Peut-ètre ne pouvait-on mieux faire avec les 2,500 francs de la Commission impériale et les trois ou quatre mille francs ajoutés par le lauréat. Cette somme a été perdue pour lui ; mais il faut, à ce qu'il paraît, que les compositeurs apprennent en toute occasion à payer leur gloire.
LES DROITS D'AUTEUR ET LA. COMMISSION IMPÉRIALE.
Terminons cette section sur l'exécution musicale , en constatant un fait qui a son importance au point de vue du droit des hommes de lettres, des compositeurs et des éditeurs de musique.
La Commission impériale, qui avait d'abord refusé de payer à la Société des écrivains, compositeurs et éditeurs de musique, les redevances dues par ses concerts, n'a pas attendu la décision des tribunaux pour solder ce qu'elle devait. La décision de la justice ne pouvait d'ailleurs présenter aucun doute. La Commission impériale, un moment indécise sur le droit des réclamants, a reconnu ce droit et s'est exécutée de bonne grâce en versant dans la caisse de cette Soçiété les sommes intégrales réclamées par son syndicat.
Le droit de la propriété intellectuelle est aujourd'hui consacré , et il est monstrueux qu'il ait pu être pendant si longtemps méconnu. Vivre de son talent, de sa pensée, de ses inventions, quoi de plus noble et de plus juste aussi? C'est un titre, pour celui qui écrit ces lignes, titre qu'il revendique hautement, d'avoir, avec M. Henrich, posé les bases de la Société des auteurs, compositeurs et éditeurs de musique, en collaborant à la rédaction de ses premiers statuts. C'était en 1849, M. Henrich, que je connaissais à peine, vint me trouver chez moi, et me parla de la création de. cette Société. J'en approuvai l'esprit, et, après
ET LES INSTRUMENTS DE 'MUSIQUE. 309
une douzaine de séances consacrées à en élaborer les statuts, il n'y eut plus qu'à réaliser notre plan. C'est ce que fit Pu. Henrich, vaillamment aidé en cette circonstance par quelques auteurs dramatiques et quelques compositeurs plus particulièrement intéressés à la perception des droits d'auteur dans les cafés chantants et les bals publics. Cette Société est aujourd'hui en grande prospérité ', et elle a largement contribué à faire respecter un droit respectable entre tous, mais généralement violé avant sa fondation.
1. Voici un document intéressant à plusieurs titres, et qui prouve plus quo tous les discours qu'on pourrait faire, la prospérité sans cesse croissante de cette Société. C'est le chiffre de ses recettes pour l'année 1866-67 :
Four Paris. Pour les d.Ipartemenla
el la banlieue.
pendant le 4er trimestre. • . Fr. 24,589 77 Er. 44,520 41
— 20 trimestre. 19,131 28 49,024 93
3e trimestre. . . . às,s'm 56 39,563 92
— 4. trimestre. . 24,193 32 74,176 30
Fr. 90,489 98 Fr. 204,285 56
En résumé, les recettes ci-dessus détaillées se sont élevées, tant pour Paris que pour les départements et le banlieue, à un total de. Fr 294,775 19 Mais comme les mêmes produits n'avaient atteint pendant l'année so-
ciale précédente 4865-66 que le chiffre de. 246,209 51
il y a lieu de constater en faveur de celle qui vient de s'écouler une diffé-
rence en augmentation de. Fr. 18,565 98
Savoir :
Sur les recettes de Paris Fr 18,626 62
Sur celles des départements et de la banlieue. , . , 29,939 36
Total égal à l'augmentation ci-dessus Fr. 48,565 98
Bilan de la Société tel qu'il a été arrêté au 15 mars 4867 :
ACTIF.
Fr. c.
En caisse. 13839 16
Au Comptoir d'escompte 97,815 45
En Obligations de chemins de fer. 38,800 05
En objets de mobilier 2,778 75
En jetons de présence. 40 ›,
153,244 il
PASSIF.
Compte des Sociétaires 130,217 93
Compte de la caisse sociale. 16,887 15
Caisse du fonds de secours. 2,139 33
153,244 41
ENSEIGNEMENT DE LA MUSIQUE.
LE CONSERVATOIRE TEL QU'IL EST. - EXAMEN DES MÉTHODES, TABLEAUX, APPAREILS MÉCANIQUES, LIVRES D'HISTOIRE ET DE LITTÉRATURE MUSICALE, RECUEILS, JOURNAUX SPÉCIAUX, BANNIÈRES ORPIUSONIQUES, ETC. - COUP D'OEIL HISTORIQUE SUR L'IMPRESSION DE LA MUSIQUE. - LES PUBLICATIONS MUSICALES CHEZ LES DIFFÉRENTS PEUPLES DU MONDE. -^•• LE COMMERCE DE MUSIQUE ET LES PROGRÈS DE L'ART. - LES BIBLIOTHÈQUES MUSICALES FRANÇAISES DE LA CLASSE 40.
LE CONSERVATOIRE DE PARIS TEL QU'IL EST.
Avant d'aborder le sujet, si vaste et si intéressant, de l'enseignement de la musique par l'examen des méthodes et des appareils, dont le plus grand nombre s'est trouvé compris dans la classe 89 du groppe X, nous n'avons pas cru nous écarter de notre sujet et nous avons cru le compléter au contraire , en offrant ici le tableau exact du Conservatoire de Paris, qui passe à juste titre pour la première école de musique du monde, autant par l'excellence des méthodes qu'on y a toujours suivies que par le mérite de ses professeurs et le nombre considérable de musiciens qu'elle a formés.
Peu de personnes se font une idée exacte de cet établissement célèbre, et les règlements qui le régissent sont pour ainsi dire entièrement inconnus, non-seulement du public, mais de la grande majorité des artistes. Cependant chacun se croit le droit d'attaquer le Conservatoire, qu'il est devenu de mode de railler agréablement , au moins une fois l'an, dans le moment des concours.
Un des plus beaux esprits de notre siècle, un des princes de la parole, un homme considérable par son caractère, M. Jules Favre, n'a., pas su résister à l'entraînement de cette sorte de manie, et c'est du haut de la tribune, dans une séance du Corps législatif, qui restera mémorable pour le monde musical ', qu'il n'a pas craint de porter, contre
4. 20 juillet 1868.
349 LA MUSIQUE, LES MUSICIENS
l'enseignement du Conservatoire, les appréciations les moins fondées et les plus naïves.
Dans cette même séance, M. Guéroult s'est joint à l'illustre orateur, pour présenter quelques observations dictées, il est vrai, par un bon sentiment en faveur de l'art et des artistes, mais faites sans la maturité de réflexion qu'on voudrait toujours trouver, quoi qu'ils fassent et quoi qu'ils disent, chez des hommes aussi éminents que ces deux honorables députés.
Est-il rien de plus pénible que de voir mettre légèrement au profit de l'erreur et d'intérêts particuliers, indignes d'un sérieux patronage, les dons de l'éloquence et la bonne foi surprise?
Je sais très—bien que de telles escarmouches oratoires ne sont pas de nature à entamer la vérité , qui ne serait pas la vérité si elle pouvait être si facilement entamée. Mais quelle nécessité de si bien parler pour ne rien dire , ou , qui pis est , pour dire des... naïvetés ?
Devant ces sorties téméraires sur le terrain de la spécialité, qu'on pourrait rppeler les jeux de l'éloquence et du hasard, les hommes spéciaux restent calmes et muets, sans crainte comme sans dédain. Ils se contentent. de sourire, mais leur sourire vaut tout un long poème ; il signifie : Allons, allons, je vois qu'on peut être un illustre orateur, un grand citoyen, un académicien très-recommandable, un savant légiste en même temps qu'un profond ignorant de certaines choses spéciales qu'on croit savoir et sur lesquelles on discute solennellement de manière à mériter le bonnet d'âne.
Certes,personne plus que moi n'aime, n'estime hautement et n'admire M. Jules Favre; mais je suis musicien, mais j'ai fait de la musique l'occupation d'une partie de ma vie ; mais je suis élève de ce même Conservatoire de musique dont il a été parlé au Corps législatif avec tant de légèreté, et je n'ai pu m'empêcher de sourire, je l'avoue, en lisant dans /e Moniteur ce passage dont se réjouirait un musicien de huit ans :
a Des savants ont dans ces derniers temps inventé des méthodes o pour rendre facile la composition; j'ai été moi-même témoin de rénal« tats concluants : des personnes dénuées de toute notion de musique
sont parvenues, au bout de quinze jours, â composer des airs. (Mouvement divers.)
Après cette citation véritablement phénoménale, je ne sais comment concilier les observations critiques qu'elle commande dans l'intérêt de l'art, de notre première école de musique, des méthodes qu'on y suit,
ET LES INSTRUMENTS DE MUSIQUE. 3,13
des dignes professeurs qui les ont adoptées et des élèves qui s'y soumettent , avec le respect sincère et profond que je dois à l'honorable député. Ce qu'il a dit sur cette méthode, ou plutôt sur cette machine à fabriquer des airs de musique à l'usage de gens dénués de toute notion de musique et après un apprentissage de deux semaines, est tout simplement un enfantillage de la plus réjouissante espèce. Je crois connaître le procédé dont il est question, et je lui préfère un loto d'invention allemande, au moyen duquel il n'est même pas besoin de quinze jours d'exercice pour composer des airs. Comment un esprit aussi éminent que M. Jules Favre a-t-il pu un seul instant être la dupe d'une semblable illusion? Qu'aurait-il pensé si un député, compositeur de musique, parlant de nos écoles de droit, sans être ni avocat; ni orateur, avait fait retentir la Chambre des députés des paroles suivantes :
« Des savants ont dans ces derniers temps inventé des méthodes pour « rendre facile l'éloquence ; j'ai été moi-môme témoin de résultats « concluants : des personnes dénuées de toute notion de grammaire « sont parvenues, au bout de quinze jours, à composer des discours. s (Mouvements divers.)
M. Jules Favre se serait moqué du compositeur de musique faisant à son insu la plus insensée des réclames en faveur de l'inventeur de l'éloquence apprise en quinze jours, et mise à la portée des bègues et des porteurs d'eau les moins lettes.
Eh bien t il n'est pas plus aisé de faire un beau thème qu'un bon discours ; et quant aux airs puérils, ridicules, niais comme en peuvent produire, par un procédé quelconque, des ignorants en musique, ils ne méritent, pas plus que les discours du même genre, qu'on cherche à en propager le nombre en recommandant les méthodes qui en donnent la clef.
On fera toujours assez de mauvaise musique et de discours nuls, et le Conservatoire n'a pas pour mission d'encourager les vanités stériles.
Son but est bien moins de fournir régulièrement de nombreux musiciens de pacotille , que de diriger les élèves doués de,sérieuses dispositions, dans la voie régulière, austère même de l'art, qui n'est jamais une voie facile et prompte à parcourir.
Il faut laisser aux amateurs , hommes du monde , le privilége de composer des airs de musique après quinze jours de leçons.
Le Conservatoire, lui, s'estimera toujours heureux de former des
344 LA MUSIQUE, LES MUSICIENS
compositeurs dignes de ce nom, en dix ans d'un travail assidu et même opiniâtre..
Les méthodes dont il fait usage out été écrites laborieusement, longuement, par des maîtres illustres dont s'honore l'art musical tout entier , à l'usage d'élèves qui aspirent à devenir des maîtres à leur tour
Le Conservatoire, son nom l'indique , a été institué pour perpétuer les grandes traditions de l'art, les principes sévères sur lesquels il se fonde ; c'est à continuer de mériter ce titre qu'il doit s'attacher , et nos point à servir de théâtre aux expériences de tous les inventeurs de méthodes qu'il suffit d'acheter pour qu'elles vous rendent savants à l'instant même.
Il est bon qu'il y ait un asile réservé à la science honnête et que ne puissent violer les vendeurs d'orviétan musical, si nombreux par ces temps faciles et rapides où on n'a pas toujours le loisir de reconnaître les talents véritables des faux talents, où tout au plus on a celui d'accorder une oreille complaisante à ceux qui s'en vont proclamant jusque par-dessus les toits des députés leur inimitable mérite.
Assez d'impudence comme cela. Que ceux qui se disent supérieurs à Cherubini, à Méhul, à Gossec et à tous les autres collaborateurs des méthodes écrites pour l'enseignement au Conservatoire, aient au moins la pudeur de choisir leur dupes, et qu'ils n'exposent pas au ridicule des hommes qu'entourent l'admiration et le respect universels.
Mais c'est catégoriquement et directement que je dois ici répondre à certaines des allégations de MM. Jules Favre et Guéroult, moins encore pour combattre les prétentions audacieuses des singuliers pédagogues dont ils se sont faits si regrettablement l'écho , que pour les éclairer eux-mêmes.
Le Conservatoire, a dit M. Jules Favre, est inscrit dans le budget du ministre de la maison de l'Empereur pour la somme de 222,000 fr. Je suis loin de critiquer ce chiffre ; mais il est impossible que vous n'ayez pas été assaillis comme moi par des plaintes sur les méthodes arriérées, s'il faut en croire des juges compétents, qui sont professées dans cet établissement. Ce que tout le monde sait, c'est que la France n'est point, sous ce rapport , au niveau de quelques-unes des nations voisines. »
C'est une erreur. Le Conservatoire n'a jamais cessé de fournir des
ET LES INSTRUMENTS DE MUSIQUE. 315
élèves qui se sont distingués dans toutes les branches de l'art. Le tableau 'scrupuleusement exact de cette école , que nous allons placer sous les yeux du lecteur, me parait la réponse la plus victorieuse qu'on puisse faire aux ennemis de son organisation.
« Et cependant, continue l'illustre député académicien , depuis quelques années, de grands progrès ont été faits, et j'en éprouve la satisfaction la plus vive, car il n'est pas d'art mieux fait pour élever les âmes, pour détourner le peuple des plaisirs grossiers. (Très-bien t)
De grands progrès ont été faits dans l'éducation du peuple français, cela est incontestable,et il n'est pas moins vrai, nous l'avons dit,— d'autres l'avaient dit avant nous,— que de tous les arts, la musique, par son caractère essentiellement sociable autant que par les sentiments qu'elle fait naître, a rendu et rendra d'éminents services sous le rapport du progrès des moeurs ; mais les difficultés de l'enseignement restent ce qu'elles étaient au temps de Cherubini, à très-peu de chose près. Les efforts des didacticiens ont pu, par l'exposé théorique surtout , aplanir les aspérités de la route, ils n'ont point supprimé la route même : c'est- à-dire ils n'ont pas fait l'impossible.
« On lui reproche (au Conservatoire) d'abord de repousser beaucoup trop l'enseignement de la composition. A entendre certaines personnes, l'art de la composition ne saurait être enseigné qu'à des esprits éminents et privilégiés. Rien de plus inexact cependant. Le Conservatoire. semble s'inspirer de cette fausse idée. Les deux enseignements de l'exécution et de la composition sont séparés dans cette école, et sur six cents élèves, quatre-vingts seulement sont, admis au cours de composition.
Il y a ici presque autant d'erreurs que de mots. Qui donc a pu se plaindre qu'on repoussât beaucoup trop l'enseignement de la composition au Conservatoire ? Personne n'ajamais repoussé cet enseignement, qui est accessible à l'égal de tous les autres, avec la même facilité, la même libéralité : car notre école nationale de musique n'est point exclusive 'et elle ouvre gratuitement ses portes aux étrangers comme aux Français. Si beaucoup d'élèves des classes de chant et d'instrument refusent de suivre les classes d'harmonie (M. Jules Favre confond l'harmonie avec la composition), c'est qu'ils veulent consacrer tout leur temps au chant ou à leur instrument.
Les classes d'instruments sont, au Conservatoire, comme les cours
si
316 LA MUSIQUE, LES MUSICIENS
professionnels dans les lycées : les.élèves des cours professionnels s'y dispensent de suivre l'enseignement universitaire, comme les élèves des classes instrumentales se privent généralement au Conservatoire, des leçons d'harmonie et de composition. Pourtant il n'est pas rare de voir des élèves appartenant aux classes spéciales d'instruments, suivre en même temps les cours (l'harmonie, même de coutre-point et Fugue, et en sortir avec un prix.
a D'excellentes méthodes pour simplifier les études ont été proposées; malheureusement l'esprit de routine a prévalu, etc., etc.
Il faut at bonnes études la collaboration du temps, et les méthodes sont plus faites pour nous enseigner ce qu'il faut éviter que ce qu'il faut faire. Qui mieux que M. Jules Favre a pu apprendre à connaître cette vérité? X près de quatre-vingts ans, Cherubini écrivait régulièrement des leçons de contre-point. Il avait, disait-il, peur de l'oublier I Est-ce qu'on peut trouver des méthodes pour dispenser du travail dans un art de cette difficulté.
De son côté, M. fluéroillt trouve, et nous sommes de son avis, qu'une subvention de 222,000 francs est insuffisante pour permettre au Conservatoire de rendre tous les services qu'il pourrait rendre. Mais nous cessons de penser comme l'honorable député, lorsqu'il met l'enseignement du chant au Conservatoire au-dessous de l'enseignement similaire dans les autres pays. Avant nous, Mendelssohn avait reconnu, pendant son séjour en Italie, que l'art du chant y était en décadence ; et ce n'est ni en *Allemagne, ni en Belgique, ni eu Espagne, ni ailleurs, qu'on forme de meilleurs artistes lyriques et en plus grand nombre qu'aParis. Depuis qu'elles ont été pilbliées, les méthodes du Conservatoire n'ont cessé de jouir partout, en France comme à l'étranger, de l'estime des connaisseurs véritables, et un fait va nous dire le cas que faisait Beethoven de la méthode de chant expressément écrite pour les études dans notre école nationale de musique par Cherubini, Méhul, Gossec. Garat, Plantule, Langlé, Licher et Guichard, avec la collaboration de Guinguené, de l'Institut, et du pr'ofesseur Illettgozzi.
C'était en ISOM. Cherubini faisait représenter à Vienne son Porteur d'eau, et achevait d'écrire sa Fanisku. Il entendit Fidelio, de Beethoven, et il se permit de donner à l'auteur quelques conseils sur l'art d'écrire pour les voix. Le grand maître italien s'autorisait de dix années de plus d'expérience sur l'illustre maître allemand.
Cherubini fit venir de Paris, pour ce dernier, la méthode de chant du Conservatoire.
ET LES INSTRUMENTS DE MUSIQUE. 317
Que fit Beethoven ? Dédaigna—t-il ce cadeau, qu'un compositeur vulgaire eût peut-être considéré comme une impertinence? Non. Beethoven ° l'accepta avec intérêt, et il garda ce beau livre clans sa bibliothèque jusqu'à son dernier jour, acôté de la traduction allemande qu'en avaient fait faire les célèbres éditeurs Breitkopf et Haertel.
« On doitregretter, dit Mine Audley, dans lesétudes qu'elle a publiées sur l'immortel symphoniste, que Beethoven ne se soit pas livré à une étude plus approfondie de cette partie de son art, et qu'il n'ait pas eu plus d'égards aux observations des chanteurs dont ni les réclamations timides ni les emportements violents ne purent jamais rien obtenir de lui. »
Mais revenons aux observations de M. Guéroult faites au Corps législatif.
Ne se trompe—t—il pas encore, lorsqu'il attribue l'élévation des appointements exigés par les chanteurs au nombre relativement restreint des élèves qui, en sortant des classes de chant du Conservatoire, peuvent figurer avec honneur sur une scène lyrique? La cause de cette exagération d'appointements tient à ce que la nature est avare de belles voix, et que le goût de l'opéra s'étant répandu dans les quatre parties du monde depuis un demi-siècle avec une passion qui va toujours croissant , les voix sont recherchées partout, et nécessairement payées plus cher qu'autrefois. On chantait mieux, il est vrai, jadis qu'aujourd'hui, parce qu'on avait moins besoin de toutes les voix, et que :es chanteurs, trouvant plus difficilement à s'employer quand ils n'avaient qu'un bel organe, il leur fallait nécessairement y ajouter le talent. Aujourd'hui, on est moins exigeant. Il y a disette de voix, et on les sert au public à moitié instruites, comme en temps de famine on livre le pain à moitié cuit. Si le Conservatoire se montrait par trop sévère envers ses chanteurs, en les condamnant à rester sur les bancs de l'école six et huit ans, comme on faisait dans les conservatoires d'Italie autrefois, notre école de musique courrait risque de manquer d'élèves. Et, en somme, ce serait l'art et le public qui y perdraient : car les leçons de chant qu'on reçoit au Conservatoire sont certainement de bonnes leçons.
Tout n'est pas parfait à notre école nationale de musique et de déclamation. Dans le tableau que nous allons placer sous les yeux du lecteur, noua n'avons pas cherché à déguiser les imperfections de détail qu'on peut justement lui reprocher ; mais il faudrait se refuser à l'évidence ou avoir inventé l'art de composer de la musique en quinze jours (les
ail LA MUSIQUE, LES MUSICIENS
leçons se payent d'avance) pour nier la supériorité relative de notre Conservatoire, sous le double rapport des méthodes qu'on y suit et des artistes qui y professent.
Le Conservatoire de Paris compte, dans le moment oit nous écrivons ces lignes, 934 élèves ainsi divisés :
Classe des hommes, 320.
Classe des femmes, 288.
Élèves auditeurs, 114.
Élèves du cours d'orphéon fait par M. Batiste, 188 '.
Tous les élèves du Conservatoire reçoivent gratuitement l'instruction musicale ou dramatique, dans quatre-vingt-deux classes, dirigées par soixante-dix-neuf professeurs titulaires, agrégés ou répétiteurs.
Il y a, en outre, au Conservatoire, un pensionnat de dix élèves hommes, spécialement destinés aux études lyriques.
Comme on le voit, les hommes l'emportent en nombre de beaucoup sur les femmes, même en exceptant le cours de M. Batiste. L'enseignement au Conservatoire est ainsi divisé :
1° Étude du solfége, étude du clavier, étude des rôles, constituant l'enseignement élémentaire ;
2° Étude du chant ;
3. Étude de la déclamation lyrique ;
4° Étude du piano et de la harpe ;
5° Étude des instruments à archet ;
6° Étude des instruments à vent;
7° Étude de l'harmonie, du contre—point et dela fugue, de la composition idéale et de l'orgue, qui n'est guère, au Conservatoire, que l'étude du contre-point, de la fugue et de la composition idéale improvisés ;
8° Étude de la déclamation elrama tique ou déclamation spéciale. L'enseignement du solfége a deux degrés : le solfége collectif et le solfége individuel.
Il y a deux classes de solfège collectif ; l'une des classes est faite par deux professeurs titulaires, MM. Batiste et Lebel.
Le nombre des élèves pour ces deux classes est illimité. Présentement quarante-cinq élèves y prennent part.
Il y a quatorze classes de solfége individuel ; chacune de ces classes peut admettre douze élèves. Elles sont faites, pour les hommes, par
I. Ce coure a pour objet l'enseignement simultané et populaire du chant, d'un degré supérieur à celui dos écoles communales. Les adultes hommes y sont seuls admis.
ET LES INSTRUMENTS DE MUSIQUE. 319
deux professeurs titulaires : MM. Tariot et Henri Duvernoy; par deux professeurs agrégés : MM. Alkan et Durand, et par trois répétiteurs : MM. Gillet, Danhauser et Émile Decombes.
Deux professeurs agrégés (dames) et cinq répétiteurs tiennent les classes de femmes; ce sont : Mlles Mercié-Porte et Maucorps-Delsue (agrégés), Mmes Hersant, Doumie, Maries, Tarpet et Roulle (répétiteurs).
La durée des cours de selfége collectif est fixée par le règlement à une année ; celle des cours de solfége individuel, à deux années, sauf les exceptions dont le comité d'enseignement est juge. Ces exceptions sont nombreuses, et la règle n'est pour ainsi dire plus observée à cet égard.
L'étude du clavier forme cinq classes : deux de ces classes sont destinées aux hommes ; les trois autres aux femmes. Les deux classes d'homines sont faites par un professeur agrégé et un répétiteur, MM. Croharé et Anthiome. Les trois classes de femmes sont dirigées par deux professeurs agrégés et un répétiteur : Mmes Jousselin et Rety (agrégés), Philippon, (répétiteur).
Le chant est enseigné au Conservatoire dans huit classes, tenues toutes par des professeurs titulaires. Ces professeurs sont : MM. Révial, Bataille, Masset, Laget, Grosset, Vautherot, Delle—Sedie et Saint-Yves Bar.
Le maximum des élèves de chant admis dans chaque classe est de huit, sauf les cas exceptionnels : car les chanteurs sont toujours les bienvenus au Conservatoire, quand ils y apportent une jolie voix et quelque intelligence.
Outre ces différentes classes de chant, il existe une classe tenue par M. Pasdeloup, spécialement destinée à l'exécution des morceaux d'ensemble pour les chanteurs des deux sexes. D'après les règlements, les élèves des classes de composition sont tenus d'y assister ; mais je ne suis pas bien sûr qu'ils y assistent régulièrement tous.
La déclamation lyrique fournit quatre classes à notre école nationale de musique :
Deux pour l'opéra sérieux, autrement dit pour le grand opéra, dirigées par MM. Levasseur et Charles Duvernoy, professeurs titulaires ; cieux pour l'opéra comique, tenues par MM. Mock.er et Coutlere, professeurs titulaires, aussi.
Il y a, en outre, une classe de maintien théâtral, tenue par M. Élie,
a.?) LA MUSIQUE LES MUSICIENS
professeur titulaire pour tous les élèves qui se destinent au théâtre, soit dramatique, soit lyrique. Cette classe, qui rend de très-hons services, a remplacé la classe de dansé créée d'abord, et qui, je crois, n'a jamais été mise en pratique.
Enfin, pour compléter l'éducation théâtrale, il existe à notre école nationale de musique et de déclamation, une classe d'élude des rôles, par M. Henri Potier, professeur titulaire.
Il y a cinq classes de piano, dont deux pour les hommes, dirigées par des professeurs titulaires : MM. Marmontal et Georges Mathias ; trois pour les femrnes,tenues par trois professeurs titulaires aussi : MM. Henri Herz, Lecouppey et Ire Farrenc.
Chaque classe de piano comporte huit élèves au plus et deux élèves auditeurs.
La classe de harpe est faite pa
Le violon se divise en quatre classes, sous la direction de
Le violoncelle est enseigné dans deux classes,
La contre-basse a pour professeur titulair
'foutes ces classes admettent huit élèves chacune, avec deux élèves auditeurs.
Les instruments à vent sont classés de la manière suivante : Une classe de flûte, tenue par M. Dorus;
Une classe de hautbois,



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