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Sur ce chiffre, 170,000 francs de produits ont été vendus avant ou pendant l'Exposition, et l'Exposition elle–même a été l'occasion de ventes d'objets non exposés pour une somme d'environ 145,000 francs.
Ces chiffres seraient arides s'ils ne nous donnaient la meilleure idée que nous puissions nous former de l'importance actuelle de commerce de cette branche si importante de notre industrie artistique.
En ce qui concerne le règlement propre à assurer le service intérieur de la classe 10, qui seule nous occupe en ce moment, nous nous bornerons à détacher les articles suivants
ART. 1". Les gardiens de la classe 10 doivent être arrivés sur la
classe à 6 heures du matin.
Âne. 4. — Les gardiens de classe ne devront recouvrir les instruments qu'à partir de 6 heures du soir, à moins de motifs de service, (Cette disposition ne s'applique pas aux instruments exposés dans les annexes.)
ART. 5. — Les gardiens de classe, au nombre de cinq, sont établis deux par secteur et un dans l'annexe du parc.
Je ne serai ici ,lue l'écho de tous les exposants de la classe '10 et de ses annexes, en louant le zèle si intelligent, la politesse exquise, la complaisance à toute épreuve du délégué de service et secrétaire du comité, M. C.-Ph. Henry, qui a fait de son poste difficile et assez tyrannique, pendant toute la durée de l'Exposition, un véritable poste d'honneur. Et maintenant que nous avons mis et classé sous les yeux du lecteur les travaux d'organisation des divers comités, avec tous les détails et tous les documents officiels propres à faire d'une partie de cet ouvrage ce que nous avons voulu qu'elle fût, les archives mêmes de la musique clans toutes ses branches à l'Exposition de 1867, passons à la seconde partie de notre livre, à l' Eocécution musicale.
EXÉCUTION MUSICALE.
COMITÉ DE L'EXÉCUTION MUSICALE.
PREIVIIME SECTION.
DISTRIBUTION DES RÉCOMPENSES AU PALAIS DE L'INDUSTRIE.
PREMIER CONCERT AVEC ORCHESTRE ET CHOEURS. — PREMIERE AUDITION DE
L'HYMNE A LA PAIX DE ROSSINI.
On a appelé cette cérémonie la Fête de la Paix.
Quand donc Coules les tètes seront-elles des fêtes de la paix ?
Mais je n'écris ?as ici pour faire de la politique ou de l'économie sociale, et c'est de musique, exclusivement, qu'il faut nous occuper. La musique, d'ailleurs, jouait en cette circonstance un des rôles les
plus importants. Et cela devait être, puisqu'il a été écrit que la musique adoucit les moeurs et entretient dans les coeurs de doux et paisibles sentiments.
Voir le Grand Turc et entendre l'hymne dédié par Rossini à Napoléon III et à son vaillant peuple (vaillant est un peu bien guerrier pour une fête de la paix), voilà quelle était la great attraction, pour les •15,000 personnes qui se pressaient dans l'immense Palais des Champs- Élysées.
C'était un beau spectacle.
La nef centrale offrait un vaste amphithéâtre garni de stalles toutes numérotées. L'axe de la nef était occupée par des trophées représentant les principaux attributs des dix Joupes de l'Exposition. Un palier de circulation entourait le terre-plein de la nef au pied des amphithéâtres.
En ma qualité de mélomane, mes r • art% sondent avec un intérêt tout particulier l'extrémité orientale de l'amphithéâtre ou les musiciens (les femmes en robes blanches, — les hommes, dans le civil, en habit
122 LA MUSIQUE, LES MUSICIENS
noir et en cravate blanche, — les militaires en grande tenue), attendent le signal de leur chef, M. Georges Hainl. Je vois Paulus avec ses musiciens de la garde de Paris, renforcés par les musiciens des grenadiers de la garde (chef M. Magnier), et une fanfare de soixante musiciens, sous la sous-conduite de Maury.
Partout je me sens attiré par mille détails curieux.
Que de fleurs, que de rubans, que de soie, que de dentelles, que d'or et que de diamants du côté de la plus faible et de la plus gracieuse moitié de notre espèce 1 Que d'habits brodés, de chapeaux à trois cornes, de croix et de bariolages honorifiques du côté de la plus puissante et de la moins gracieuse moitié de l'humanité! Les gens, comme votre très-humbe serviteur, en simple habit noir et en cravate blanche, avaient l'air nu et presque indécent. Mais que faire ? On ne pouvait pas par décence, et pour ne pas se singulariser, emprunter une croix d'honneur à son voisin, ce voisin en eût-il trois, comme le personnage de la chanson de Béranger. C'est dommage,vraiment, car on a l'air piteux ou insolent quand on se trouve ainsi décoré de sa poitrine nue, suivant l'énergique expression de Barbier, au milieu de tant de poitrines si diversement chamarrées.
A midi, toutes les estrades étaient garnies. On admirait Pornemem tabou , dont le principal mérite, à nies yeux, était de s'harmoniser parfaitement avec les vitraux du bâtiment.
Une heure sonne, et le chef d'orchestre, ayant à ses côtés M. Jules Cohen, qne Rossini avait chargé, on s'en souvient, de diriger les études de son hymne, donne le signal du départ a à son vaillant peuple d'instrumentistes et de chanteurs.
Ils étaient là douze cents, qui faisaient du bruit comme quatre cents. A quoi cela tenait-il? Un acousticien que je ne veux pas nommer, pour ne pas être soupçonné de faire une réclame, critiquait vertement la distribution des forces musicales. Ses raisons paraissaient justes, mais il sera toujours hien difficile, je crois, de produire un effet vraiment musical dans une salle de cette dimension, quel que soit d'ailleurs le nombre des exécutants. La musique a besoin d'être entendue de près, et les instruments dits à longue portée sont trop souvent des instruments quine portent pas.
Le programme de ce premier concert était ce qu'il devait être, court :
Ouverture d'Iphigénie GLUCK.
Hymne h Napoléon 111. Rossini.
ET LES INSTRUMENTS DE MUSIQUE. 123
Chant du Soir, choeur avec solo de flûtes et do
violoncelles. FÉLICIEN DAVID.
Ouverture de la Muette. AUBER.
Choeur de Judas Machabée, choeurs, solos de sopra-
.
nos et orgue-orchestre HCENDEL.
Vous connaissez tous, artistes ou amateurs qui me lisez, l'ouverture d'Iphigénie, pour laquelle notre tant regretté maître Halévy a écrit une coda. Dans la partition de Gluck, s'enchaîne avec la première scène, cette belle préface musicale. Pour l'exécuter isolément, pour en faire un morceau de concert, il fallait nécessairemant y ajouter un final. Halévy a fait ce travail délicat avec une grande intelligence du génie de Gluck, et son addition serait irréprochable, si elle était un peu moins développée.
Le Chant du Soir, de Félicien David, est une des plus poétiques et des plus colorées compositions de ce poète coloriste musical par excellence, Ce morceau n'est pas nouveau. Il fut écrit après une réunion de saint— simoniens à Ménilmontant. Un des assistants avait parlé sur la pondération des astres, l'infini des inondes et le mouvement universel. Le futur auteur el Désert, inspiré par cette conférence, écrivit, en rentrant chez lui, cette page ravissante, qu'il appela tout d'abord la Danse des Astres. Ai je besoin de dire que le Chant du Soir a été vivement applaudi de tous ceux qui aiment la bonne musique? Voilà uu aimable, un vrai compositeur qui joue cartes sur table et paie mélodie comptant
Après l'exécution de ce morceau vocal et instrumental, un mouvement do toute l'assemblée annonce l'arrivée du cortège impérial.
Vingt mille paires d'yeux se tournent à la fois vers le trône qui s'élève au milieu du transept, du côté de la façade nord du Palais, sur une estrade surmontée d'un dais de velours cramoisi. A droite et à gauche du trône on voit des siéger pour les princes et les princesses invités à la cérémonie.
En avant de l'estrade du trône, nous apprend le Moniteur, étaient placées Leurs Excellences les ministres, les membres du conseil privé, le président du corps législatif, les maréchaux et amiraux, le grand chancelier de la Légion d'honneur, ayant devant eux leurs femmes, et les veuves des maréchaux et amiraux.
Les premiers gradins étaient occupés par les membres do la Commission impériale.
, A droite et à gauche de l'estrade du trône se trouvaient la maison de l'Empereur , le sénat, le corps législatif, le conseil d'État ; les députations de la
9
4 24 LA. MUSIQUE, LES MUSICIENS
cour de cassation , dé la cour des comptes, du conseil impérial de l'instruction publique, de l'Institut de France, de la cour impériale de Paris, du conseil central des Églises réformées, du consistoire de l'Église réformée et de la confession d'Augsbourg , du consistoire central israélite; le conseil de préfecture du département de la Seine, le conseil municipal, les maires et adjoints de la ville de Paris ; les députations ries corps académiques , du tribunal de première instance de la Seine, du tribunal de commerce, de la chambre de commerce, du conseil des prud'hommes, des administrations centrales, des administrations départementales , de la garde nationale et de l'armée.
s Le corps diplomatique avait pris place dans la partie de l'amphithéâtre faisant face au trâne.
Citons encore la feuille officielle et voyons défiler des Tuileries aux Champs-Élysées le cortége impérial et son escorte de hauts dignitaires.
A une heure trois quarts , le cortége de l'Empereur est sorti du palais des Tuileries dans l'ordre suivant
Trompettes des lanciers de la garde ;
Le colonel des lanciers de la garde ;
Un escadron des lanciers de la garde en colonne par pelotons ,
Les piqueurs de Leurs Altesses Impériales ;
La voiture de S. A. I. la princesse Mathilde , contenant son service;
La voiture de LL. AA. Il. le prince Napoléon et la princesse Clotilde, contenant leur service;
Quatre garçons d'attelage à cheval.
Première voiture à six chevaux :
Les deux demoiselles d'honneur de S. M. l'Impératrice; Le préfet du palais, de service;
Le chambellan de l'Impératrice, de service;
Deuxième voiture à six chevaux :
Les deux dames du palais , de service ; Le premier chambellan de l'Empereur ; Le chambellan de l'Empereur , de service.
Troisième voiture à six chevaux :
La dame d'honneur ;
Le maréchal commandant en chef la garde impériale ; Le gouverneur du Prince Impérial;
L'adjudant général du palais.
Quatrième voiture à six chevaux:
Le grand-maréchal ; Le grand-chambellan ;
ET LES. INSTRUMENTS DE MUSIQUE. 125
Le grand-veneur;
Le grand-maître des cérémonies.
Cinquième voiture à six chevaux
S. A. I. LA PRINCESSE CLOTILDE. S. A. I. LA PRINCESSE MATHILDE.
A la portière de droite :
L'écuyer de S. A. I. le prince Napoléon.
A la portière de gauche :
Un capitaine des lanciers de la garde. Six piqueurs de front.
La voiture de l'Empereur, à huit chevaux: Garçons d'attelage à. pied.
L'EMPEREUR.
L'IMPÉRATRICE
LE PRINCE IMPÉRIAL.
S. A. I. LE PRINCE NAPOLÉON.
A la portière de droite :
Le grand-écuyer ;
Le premier écuyer de l'Empereur ;
Le colonel commandant les cent-gardes ; L'officier d'ordonnance de grand service ; L'écuya de l'Empereur de service.
A la portière de gauche :
L'aide de camp de l'Empereur, de service ;
Le premier écuyer de l'Impératrice ;
L'aide de camp du Prince impérial , de service;
L'officier d'ordonnance de petit service ;
L'écuyer du Prince impérial;
Deux pelotons des cent-gardes de l'Empereur ;
Un escadron des lanciers de la garde en colonne par pelotons.
cortège, parti du pavillon de l'Horloge, a traversé le jardin des Tuileries , la place de la Concorde et l'avenue des Champs-Elysées.
Sur le parcours, la haie était formée par la garde nationale et la garde impériale.
426 LA MUSIQUE, LES MUSICIENS
Le cortége du Sultan est parti du palais de l'Elysée dans l'ordre suivant : Trompettes des lanciers de la garde ;
Le lieutenant-colonel des lanciers de la garde ;
Un escadron des lanciers de la garde en colonne par pelotons; Quatre garçons d'attelage â cheval.
Premie.e voiture d six chevaux :
Deux chambellans du Sultan ; Deux aides de camp du Sultan.
Deuxième voiture è six chevaux :
Halid-Bey , second chambellan ;
Général de division /fiarko-Pacha, médecin en chef Aarifi-Bey , premier interprète du divan impérial ; Le chambellan de l'Empereur, détaché près du Sultan.
Troisième voiture à six chevaux :
S. A. Fuad Pacha, ministre des affaires étrangères; S. Exc. Djemil-Bey, premier chambellan ;
S. Exc. Emin-Bey, premier secrétaire ;
S. Exc. Kiainil-Bey, , grand-maitre des cérémonies ; Quatre piqueurs de front.
La voiture impériale à huit chevaux : Garçons d'attelage b pied.
LE SULTAN.
S. A. I. LE PRINCE HÉRITIER. S. A. I. ABDUL-AHMED-EFFENDI. S. A. I. YOUSSOLIF-IZZEDIN-EFEENDL
A la portière de droite :
L'aide de camp de l'Empereur, détaché près du Sultan; L'écuyer de l'Empereur, détaché;
Le capitaine (les cent-gardes.
A /a portière de gauche :
L'officier d'ordonnance détaché près du Sultan ;
L'officier d'ordonnance détaché près du prince héritier ; Un capitaine des lanciers de la garde ;
Un peloton des cent-gardes de l'Empereur ;
Un escadron des lanciers de la garde, en colonne par pelotons.
ET LES INSTRUMENTS DE MUSIQUE.
Le cortége a suivila rue du Faubourg-Saint-Honoré, la rue Royale-Saint-Honord, la place de la Concorde et l'avenue des Champs-Elysées. La haie, jusqu'à la place de la Concorde , était formée par la garde impériale et la troupe de ligne.
Leurs Majestés , arrivées à deux heures précises au Palais de l'Industrie , ont été reçues par la Commission impériale, ayant à sa tète les ministres vice- présidents.
Les princes et princesses invités s'étaientdéjà rendus dans les salons attenant à l'estrade du trône.
Ici j'interromps le récit du Moniteur pour velus dire en historien fidèle qu'on a salué chaleureusement l'Empereur, l'Impératrice, le Prince Impérial, et qu'on a respectueusement lorgné le Sultan. Les femmes le trouvaient noble et beau, et l'on devinait à leur physionomie qu'elles n'avaient pour les blanches esclaves du harem de ce double infidèle qu'une commisération très-mitigée.
L'Empereur et l'Impératrice prennent place, et si les brigands de la Calabre avaient tenue prisonnière dans leurs montagnes cette loge bourrée de majestés, d'altesses et de grandeurs humaines en tous genres, elle aurait pu demander un milliard pour sa rançon. Jugez-en plutôt.
« L'Empereur avait à sa droite : S. M. I. le Sultan Abdul-Aziz-Khan, Empereur des Ottomans, S. A. R. le prince de Galles, S. A, R. le prince d'Orange, S. A. R. le prince de Saxe , S. A. I. Monseigneur le prince impérial , S. A. I. Madame la grande-duchesse Marie, S. A. 11.• le duc d'Aoste, S. A. R. le duc de Cambridge, S. A. I. Madame la princesse Mathilde, le prince de Teck; à gauche de Sa Majesté l'Impératrice se trouvaient : S. A. R. le prince de Prusse, S. A. R. Madame la princesse de Saxe, S. A. R. le prince Humbert, S. A. I. Mehemmed-Mourad-Effendi, héritier ; S. A. I. Madame la princesse Clotilde , S. A. R. la duchesse d'Aoste, S. A. I. le duc de Leuchtemberg , S. A. I. le prince Napoléon, S. A. le prince Hermann de Saxe , S. A. I. Abdul-Hannid.
Derrière Leurs Majestés l'Empereur et l'Impératrice étaient : S. A. I. Toussed-Izzeddin-Effendi , fils du Sultan; S. A. I. le prince Tou-Kougawa , S. A. le prince Lucien Murat, S. A. la princesse Lucien Murat , S. A. le prince Joachim Murat, S. A. le prince Mural, S. A. la princesse J. Murat , S. A. le prince Napoléon-Charles-Bonaparte , Mgr le prince Achille Murat.
« Derrière les princes se tenaient les grands officiers de la couronne, l'adjudant général du palais , les- aides de camp del'Empereur et les officiers et dames de service des maisons impériales , les officiers de la suite du Sultan, et les officiers et dames des maisons des princes et princesses étrangères. ,
Au moment où l'Empereur apparut dans le Palais de !'Exposition, il
1.1g- LA MUSIQUE, LES MUSICIENS
se passa un fait musical assez original, et qui n'a pas été rapporté, M. Paulus, chef de la 'garde de Paris, ayant sous sa direction deux musiques, fit signe à ses musiciens d'entonner le Domino, ealvinn.
Au même instant se penchant vers Georges %MI :
— Faites chanter votre monde, lui dit-il.
— Mais nous n'avons pas la musique du Domine, salimm.
— Au petit bonheur, alors, sans musique.
— Diable! c'est un peu téméraire.
Puis Georges Hainl interrogea rapidement les chanteurs. Tous ceux qui faisaient partie du personnel de la chapelle impériale savaient par coeur cette pièce. C'était bien quelque chose, mais c'était loin d'être tout. N'importe , la détermination du chef d'orchestre fut prise aussitôt.
— Messieurs, dit-il en s'adressant aux centaines de chanteurs qui se tenaient debout et ne savaient pas ce qu'on allait faire, les musiques militaires vont exécuter le Domine, sant« ; écoutez bien ce chant et chantez-le à l'unisson. Ne craignez pas, il le faut.
Et à l'instant même, la masse des chanteurs partit avec l'orchestre militaire, comme s'ils avaient répété et qu'ils eussent eu la musique sous les yeux. L'effet fut excellent, et personne, parmi les auditeurs, ne se douta de cette exécution improvisée.
Après le régal des yeux, celui des oreilles : car le Domine, salvum n'est qu'une mélodie officielle, et c'est l'hymne de Rossini qu'on attendait. Georges Hainl leva sa baguette, et l'hymne encore inconnu, et pourtant déjà fameux, éclata majestueux et sonore.
Rossini s'était bien jugé, eu disant de cette composition : Ce n'est ni du Bach ni de l'Offenbach.
Nulle oeuvre musicale n'a été plus vivement contestée que cette cantate, si bien en scène, du grand maitre de la scène lyrique.
Pour certaines natures impuissantes et envieuses, stériles, niais dévorées du désir de produire, c'est une volupté, ne pouvant s'élever à la hauteur du génie , de chercher à l'abaisser à leur niveau. Elles sont nombreuses, ces (nes damnées de la gloire, 'et leur supplice consiste précisément à souffrir de tout ce qu'elles voudraient faire souffrir à ceux qu'elles envient, Ne ',oyons pas sans pitié pour ces pauvres malades, et n'oublions pas que la nature crée des esprits torts, comme elle fait des jambes cagneuses.
Mais quelle indulgence pourrait-on montrer envers certains écrivains
ET LES INSTRUMENTS DE MUSIQUE. 159
qui, sans haine et sans envie, se fout un système, dans le seul but d'attirer l'attention sur leurs misérables imprimés, d'insulter tout ce qui est respectable, de dédaigner tout ce qui est admirable, et de traiter les hommes illustres qui sont l'honneur de l'humanité comme se traitent entre eux des gamins mal élevés. A. ce prix; il n'en coûte à ces honteux barbouilleurs de papier, pour devenir un moment célèbres, que le sacrifice de leur propre dignité. Mais le sacrifice n'est pas grand, car ils n'en ont aucune. Quel plus _facile procédé ? Fouillou est inconnu et il veut avec éclat faire son entrée dans le royaume des lettres. H le pourrait en composant un chef-d'ceuvre ; il trouve plus aisé de s'en prendre à ceux qui en ont écrit et de dire tout simplement que Racine, par exemple, est un polisson. Si cela ne suffit pas, Fouillou appellera Lamartine le lyrique gâteux. Les badauds résistent-ils à ces belles leçons de critique littéraire ? Fouillou, qui se décourage moins vite que son imprimeur et son marchand de papier, jugera tous les génies comme il a jugé Racine et 'Lamartine ; et, pour finir de se poser en homme indépendant, qui ne doit de ménagements à personne et dit les choses telles qu'elles sont, il prouvera, clair comme le jour, que Napoléon Io, était le moins capable des généraux de l'Empire, en même temps que le plus poltron des soldats. On saisit le petit imprimé de Fouillou qui n'a plus une goutte d'encre de chine dans les veines. De deux choses l'une : ou cet honnête écrivain va mourir de consomption dans une brasserie où, ayant fait scandale, il continue de paraître, et les badauds achètent sa feuille.
Dans tous les cas, mi parle du style hardi de Fouillou, et, pour ce journaliste peu scrupuleux, une célébrité quelconque est toujours un piédestal.
C'est un de ces spirituels écrivains qui, mettant à profit l'hymne de Rossini, après le long silence du maître, s'avisa de critiquer cette composition, en appelant son auteur (pardon pour la citation un peu longue) :
« Un Italien bouffi, — un:Jupiter édenté de la double-croche , — un comédien, — une vieille coquette , — une cervelle épuisée , une drôle d'idole , — un vieux garçon qui ne veut Pas vieillir, — un vaniteux bouillonnant d'égoïsme , inquiétant de finesse rustaude, —un nez de fureteur d'affaires véreuses, — une bouche en queue de poule de courtisan, — une chair boursoufflée et jaunâtre , un cuisinier mélomane, un hermaphrodite —un pacha muet et roubard de la gloire, — un invalide de Pesaro , — un égoïste , — un ignorant, — un poseur,
430. LÀ MUSIQUE, LES MUSICIENS
—un poltron sans entrailles et sans coeur, —Madame SAINT'-PUAS de la musique, etc., etc.
Pour écrire et publier sur un homme vivant de semblables polisson, neries, il faut être bien assuré d'avance que celui à qui elles s'adressent les trouvera trop méprisables pour les pouvoir accueillir autrement que par la plus entière indifférence.
Ce n'est pas tout d'insulter les grands artistes, quoique ce soit déjà beaucoup. L'aimable écrivain, dont nous venons de citer les gracieux qualificatifs, ne s'est pas contenté de tracer d'une main vigoureuse le portrait en pied du maître, il parle aussi de ses ouvrages. Naturellement, il trouve l'Hymne, la dernière des turpitudes, et son jugement s'étend à toutes les autres productions de Ce pitre du crescendo. Apprenez donc que la Romance du Saule est « une chose à la hauteur des romances de Paul Henrion » ; la péroraison de l'ouverture, de Guillaume Tell « une parade de foire D ; l'introduction du deuxième acte de Sémiramis « un chahut t Ah! on doutait de la compétence de •ouillou en matière musicale, et on le considérait seulement comme un grand styliste I Eh bien I qu'en dites-vous ? Mais, ce n'est rien que cela. Nous savons le genre de musique qui déplaît à cet Aristarque ; il lui restait à nous dire celle qui convient à son tempérament, qui est aussi celui de ses honorables amis. Il leur faut, à ces belles natures, « une musique accessible à tous, hardie, vivante et qui parle au coeur D. Parbleu, à nous aussi ; la différence est dans le coeur. « Il faut que 1'c:ouvre s'impose en bas comme en haut, qu'elle remue, qu'elle passionne et bouleverse les foules. L'aristocratie dans l'art : duperie I mensonge I niaiserie
Comme c'est parler, cela I Ainsi, la musique est le langage des sentiments, et il y a bien des sortes de sentiments ; n'importe , il faut toujours que la musique bouleverse les foules II Le Ceinte Ory ne bouleverse pas les foules, aussi n'est-ce pas de la musique; le Barbier non plus. Mais écoutez ce qui suit : « Lulli, Rameau, Gluck, Spontini, Haydn, Mozart, les formules, la tradition, les règles, laissez-les dans le tombeau ; à temps nouveau, idées et formules nouvelles. A temps orageux et rapides, une musique d'action, de fièvre et de tempAte,des Marseillaises lyriques. s
Que cet écrivain dut être content de lui, après avoir tracé cette belle tirade! Mais attendez ; il y a mieux encore : « Robert, les Huguenots, la Juive, le Prophète, le Trouvère, Rigoletto , la Traviata, sont devenus des abécédaires musicaux. Pourquoi? Parce que cela se saisit, cela vit. Il y a là-dedans de la chair froissée, des muscles en relief, des nerfs crispés, des coeurs en marmelade. D De la marine-
E'r LES INSTRUMENTS DE MUSIQCE. 134
lade de co;ursl EL ce journaliste, qui représente fidèlement les esprits avancés de la- nouvelle école , ne veut rien que de cette marmelade... Qu'il y a donc des gens difficiles à nourrir, bon Dieu!
Ah 1 les hommes de génie! comme l'a si bien dit Edmond Texier, à son retour d'une visite chez Victor Hugo, à Guernesey , ne les envions pas! ils payent ce génie trop cher. Dans notre temps surtout toute grandeur est une disproportion, j'allais dire une monstruosité. Dépasser la foule de la tête, c'est être seul au milieu de la foule, c'est n'avoir pas un égal à qui l'on puisse serrer la main avec une effusion fraternelle. —Qui es-tu , toi qui viens à moi, l'oeil souriant et la main tendue? — Un flatteur du présent qui peut-être se changera en un insulteur de l'avenir.—Viens-tu surprendre mes faiblesses, épier mes secrets, forcer mon foyer pour livrer le tout, en le défigurant, au monstre de la publicité? Et en effet, comme les princes, ils sont toujours eu garde, et comme les princes, ils ne connaissent presque ,jamais la vérité. Ils n'ont autour d'eux que des flatteurs et des envieux ; ils n'entendent que des louanges et des insultes. Demandez-leur à tous s'ils n'éprouvent pas un petit frissonnement toutes les fois qu'il leur arrive de déplier un journal ? « Que va-t-on dire aujourd'hui ? Quelle nouvelle injure va me frapper ? g Et peu à peu la mélancolie s'assied à leur chevet et les enveloppe de ses ailes lugubres. Pauvres hommes de génie! Comme les lions, ils sont condamnés à vivre solitaires, ne trouvant à côté d'eux aucun être de leur taille. lis sont seuls de leur espèce, c'est-à-dire qu'ils sont tristes et malheureux. Vce soli ! J'ai vu le génie de près; je l'ai vu adoré comme un dieu et insulté comme un esclave. Pas de milieu entre l'idolâtrie et l'injure. Je l'ai admiré, je l'ai plaint, et j'ai dit, comme l'Écriture : Heureux les pauvres d'esprit !
Nous n'aurions certes pas pris la peine de relever ce morceau d'appréciation musicale, s'il ne donnait, — toute grossièreté à part,— une assez juste idée de la mauvaise humeur de la critique à l'égard de cette cantate qui a été une occasion d'exalter avec rage les nouvelles tendances musicales, au détriment de l'école rossinienne.
Je crois l'avoir dit, dans cette pièce de circonstance, qualifiée de crime par les plus ardents , l'illustre compositeur ne s'est point montré au-dessous de lui-même. Et en vérité, je ne saurais en faire un plus bel éloge. Prenez ma tête, Messieurs de la mélodie infinie, qui pourriez plus difficilement trouver une mélodie finie , prenez-la sans scrupule et avec joie, en songeant que je suis rossiniste, que je l'avoue
132 LA MUSIQUE, LES MUSICIENS
cyniquement, sans honte ni remords, ce qui,—vous allez être étonnés, — ne 'n'a jamais empêché d'admirer les (navres de l'école allemande quand ces oeuvres portaient l'empreinte de l'inspiration, c'est-à–dire du beau; du bien, du juste et du sensé.
J'aurais voulu pouvoir publier ici dans son entier, avec son double orchestre et les choeurs, cette cantate célèbre, autant pour en enrichir ce volume dont il aurait fait la fortune, que pour prouver, pièces en main, le ridicule et la malveillance de la presse hostile à son égard.
J'ai écrit au maître, en le suppliant de m'accorder l'autorisation d'imprimer son hymne. Le martre, trop souffrant à ce moment pour me répondre lui-même, a prié Madame Rossini d'être son interprète, et voici la lettre, à la fois si amicale et si inflexible, que nous avons reçue :
« MONSIEUR ,
e Vous avez été sans doute bien surpris de ne pas recevoir une réponse « immédiate à la lettre que vous adressiez à Rossini le 29 octobre. Sa santé,
. toujours chancelante à cette époque de l'année, le lient encore alité. Vous n'ignorez pas, Monsieur, combien Rossini a d'amitié pour vous, et le regret qu'il éprouve en ce moment de ne pouvoir vous concéder son Hymne à la
t Paix dont vous fûtes un si éloquent défenseur. Cet hymne lui a été beaucoup demandé; mais Rossi ni, malgré ma prière, est resté dans la force de sa volonté a suprême, inexorable pour tous, et cette composition a été par lui condamnée
« à l'oubli pour ne revivrejamais.
« Si pourtant, Monsieur, vous voulez redire, comme vous l'avez déjà fait dam t l'Univers illustré, la phrase des Vivandières et celle du Pontife, Rossini vous
« laisse liberté pleine et entière. Puisse cette courtoisie de la part de mon mati . vous persuader une toisée plus de son estime etde sa bonne amitié pour vous.
« Veuillez agréer, Monsieur, les compliments affectueux de mon mari et
« l'assurance de ma parfaite considération.
v 14 Novembre 1861. v Olympe Rassira.
On a dit quelquefois que la critique ne servait de rien. Dans cette circonstance, elle aura servi du moins à priver le monde musical d'une oeuvre de l'auteur de Guillaume Tell. Voilà, n'est-il pas vrai, un beau triomphe pour la critique. Mais n'en parlons plus, et mottons à profit les textes de musique laissés à notre disposition, bien incomplets, hélas I écrits par nous sous la dictée des chanteurs, pendant l'exécution, sans l'harmonie savante et colorée qui la met en relief, sans les choeurs, sans le prestige de l'instrumentation, dans toute la nudité de la pensée première et purement mélodique. Ces phrases sont à l'ensemble cc qu'une esquisse au crayon serait à un tableau achevé. Mais quelles quelles
ET LES WH' 111.1111ENtS DE MUSIQUE. 133
soient, 1101)4 murons l'avantage précieux d'avoir été seul à les offrir au monde musical.
L'ceuvre débute par les sons de la trompette, accompagnés de quelques larges accords qui servent de courte introduction au chant du Pontife. Chantez cette phras, chantez-la seul ou en ehceur, avec une voix de basse ou de soprano, sur un flageolet ou d'un doigt sur le piano , et vous me direz, j'en suis sûr, que jamais mélodie plus simple, plus grandiose, plus franche, plus naturelle, plus caractéristique et plus originale aussi n'est tombée de la plume qui a écrit Moïse, Sémiramis-, le Siége de Gorynlhe et Guillaume Tell.
TIN PONTIFE. Moderato.
Dieu tout • puis • sont, 41 tains • ire
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Voua aurez remarqué que ce thème si pénétrant, si large, si vocal, si souple clans ses diverses inflexions, si complet et si régulier pour l'oreille, n'est pourtant pas cerré, suivant le terme technique : c'est- à-dire qu'il ne procède pas par périodes de quatre mesures. Il se décompose, en effet, de trois en trois mesures, pour former une mélodie de treize mesures. C'est là une observation qui a bien son importance, quand on étudie les lois de la symétrie musicale. Au fond ce chant est une admirable inspiration d'un bout à l'autre. L'harmonie, que nous ne saurions malheureusement indiquer, même vaguement, est riche, noble et mouvementée sans efforts ni recherches. La ch.ti te du motif, d'un souffle vraiment puissant , est une des cadences les plus magistrales et les plus neuves que nous ayons jamais entendues, grâce au
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la du triolet qui forme une anticipation d'un caractère aussi fier que hardi. Rien de plus simple, pourtant ; mais, pour trouver une pareille simplicité,c'est aussi tout simplement du génie qu'il fallait.
Douze basses-tailles ont chanté à l'unisson Le chant du Pontife. Ce sont : MM. Belval, Bonnesoeur, David, Lu tz , Bataille, Troy, Barré, Crosti, Gaspard , Caron, Ismaël et Ponchard.
Je passe sur les développements de ce thème ramené deux fois par d'heureuses rentrées; je passe aussi sur cinq nouveaux vers du Pontife dans le même sentiment musical pour arriver au choeur des Vivandières. Le voici, ou plutôt en voici le squelette, car encore une fois, et pour varier nos comparaisons, il est aussi difficile de juger de l'effet d'un morceau d'ensemble fait pour être exécuté dans un colysée par un millier de voix, que d'apprécier l'effet d'une revue militaire par l'inspection d'un soldat unique, fût-il le plus bel homme du monde.
VIVANDARES. Âileretto.
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De nos hé- ros, Dans les com•bals,
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On a reproché tout particulièrement cette mélodie à Rossini dans des termes qu'on trouverait peut-être exagérés s'il s'agissait d'un crime et dont on n'aurait pas le droit de se servir envers un criminel. Je ne veux pas troubler la douce joie des petits-crevés de l'harmonie acharnés, sur ce colosse.11 est vra ce thème brille moins par la nouveau té que par la &are dise et la carrure. Mais, ô petits-crevés mes amours, ce mouvement qui parattrait vulgaire, exécuté dans un local de dimension ordinaire et par un petit nombre de musiciens, se trouvait parfaitement approprié à l'immense Palais des Champs-Élysées , et ennobli en quelque sorte par la masse des exécutants. Les premières tnesures semblent connues, mais écoutez encore ; bientôt ce n'est plus qu'un rhythme vigoureux dont les vibrations par couches symétriques tendent au loin et forment comme une atmosphère sonore, dont tous les coeurs sont joyeusement imprégnés. Rossini, avec ce tact admirable qui est un des caractères de son génie , ne s'est point trompé. On ne doit pas en effet écrire de la musique pour Ningt-eing mille personnes comme on écrit une barcarolle à deux voix pour un salon. L'auteur de Guillaume Tell a composé cette fois, comme on peint des décors pour la salle de l'Opéra. Que ne puis-je citer la musique de la coda de ce chœur des Vivandières si énergique dans sa brillante simplicité , si bien modulée sans recherches extravagantes, et à laquelle se mêlent les cloches et le canon sur ces paroles assez belliqueuses pour une fête de la paix : De nos héros dans les combats Aide au ,,aincti I gloire au vainqueur !
LA MUSIQUE , LES MUSICIENS
Il faut le dire et le répéter comme une protestation en l'honneur de
la vérité, il .y a dans toute cette mise en oeuvre des ressources musi•
caleS plus qu'un grand talent, plus qu'une expérience profonde des lois de la sonorité, du mélange des timbres et de l'art d'écrire pour les voix dont Rossini est resté le maître inimitable, il y a aussi de l'inspiration ardente , jeune, enthousiaste. Quoi qu'il fasse, ce maître sublime, qu'il écrive un opéra-bouffe comme le Barbier, une pièce féerique comme Cenerentola, une fine comédie comme le Comte Ory, un oratorio comme Moise, un drame comme Guillaume Tel, des mélodies de salon comme les Soirées, une messe comme la Petite Messe, un air de fête comme l'Hymne à l'Empereur, il est toujours un maître admirable. Ce n'a pas été une petite affaire que le choix des cloches, au nombre de quatre, dont deux devaient donner la note tonique et les deux autres la dominante. C'est M. Jules Cohen, qui, en présence du prince de Leuchtemherg, président d'honneur de l'exposition russe, a choisi clans l'Exposition même les quatre cloches, de provenance française, russe, italienne et hongroise. Les artistes qui ont tenu les cloches à cette solennelle exécution ne doivent pas être confondus avec de vulgaires sonneurs. En outre, il fallait un musicien d'humeur belliqueuse pour mettre avec précision le feu au canon de Ruggieri. Nommons ces rares sonneurs de cloches et cet artilleur musical.
tr. Cloche, M. Ponchard , de l'Opéra-Cornique ;
2' Cloche, M. Sainte-Foy, le comique du même théâtre ; 3° Cloche, M. Soumis, l'excellent accompagnateur ;
4° Cloche, ayant la qualité de chef du carillon, M. Bazi le.
5' Artilleur, M. Salomon, chef de chant au Théâtre-Lyrique.
Le rôle d'artilleur est partout des plus importants, sur le champ de bataille comme à l'orchestre. Viser juste et tirer en mesure, suivant la circonstance, tout est là. En effet, on peut impunément, quelquefois, dans une masse d'exécutants, faire ce qu'on appelle une fausse rentrée ; mais cachez donc une fausse note, quand cette note est une détonation d'artillerie I Serait-ce trop demander pour M. Salomon, que de réclamer eu sa faveur la médaille militaire?
L'emploi des cloches n'est pas une nouveauté en musique, pas plus que celui des coups de canon, et même des chaises à casser pour marquer la mesure, — une ingénieuse invention de Musard. — Dans la Mie enchantée, de Mozart (qu'il ne faudrait pas confondre avec Musard),
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le compositeur allemand avait écrit primitivement une partie importante pour le glockenspied, lequel n'était autre chose qu'un instrument à clavier, formé d'un jeu de cloches. Au second acte de Guillaume Tell, Rossini lui-même a employé une petite cloche en sol haut, pour accompagner le choeur fameux : Voici la nuit. Meyerbeer fait, sonner une cloche grave en fa, pour donner le signal du massacre des huguenots, dans l'opéra de ce nom. Enfin dans la messe du Sacre, composée par Le Sueur, pour le sacre de Napoléon I", l'auteur avait fait disposer une batterie d'artillerie sur le parvis de Notre-Dame. Un officier placé à l'extrémité de la nef devait, sur un signal du chef d'orchestre, commander le feu aux pièces, ce qui fut fait.
Reprenons le récit de cette mémorable fête de l'industrie et des arts.
Le dernier coup de canon ayant accompagné les derniers accords de l'hymne rossinien , le chant a donné la parole à l'éloquence, et S. Exc. M. Roulier, vice-président cle la Commission impériale, a lu le rapport suivant :
SIRE ,
a Au début de cette solennité , le devoir de la commission instituée sous la présidence d'honneur de Son Altesse le Prince Impérial, que nous voyons avec tant de joie auprès de l'Empereur , est de retracer, en traits rapides, les efforts qu'elle a faits pour accomplir la mission qui lui a été confiée par Votre Majesté, de signaler les concours empressés et utiles qui ont facilité la réalisation de son ceuvre; enfin, (l'indiquer les caractères et les résultats principaux de cette grande exhibition internationale.
a Les obstacles que la Commission impériale avait à surmonter étaient considérables. Il fallait transformer le Champs-de-Mars, y élever toutes les constructions qui sont l'ornement du parc , édifier le Palais, vaste monument qui s'étend sur une surface de 15 hectares , puis y instaler et y classer les produits exposés; enfin prévoir et satisfaire les besoins créés par cptte immense agglomération de choses et de personnes.
« Le temps, pour parvenir à un tel résultat, nous était parcimonieusement mesuré: quelques mois seulement nous étaient accordés, et des intempéries prolongées devaient encore venir en gêner l'emploi.
« Les proportions de l'entreprise étaient d'ailleurs bien supérieures à celles des expositions précédentes.
‘^ L'énonciation de quelques chiffres suffira pour les déterminer.
La surface occupée parle Palais et ses dépendances était, en 1855, de quinze
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hectares , de douze hectares et demi en 1862 ; elle atteint, en Mei , plus de quarante hectares, dont le Palais couvre plus du tiers.
s Le nombre des exposants, dont le chiffre était de 22,000 en 1855 et de 98,000 en 4862, atteint aujourd'hui celui de 60,000.
e Le poids des produits exposés ne doit pas être évalué à moins de 28,0011 tonnes. La communication établie entre le Palais et les chemins de fer du continent a pu seille fournir le moyen de conduire et d'installer , avec la célérité et le soin nécessaires, cette énorme quantité d'objets, arrivés, pour la plus grande partie, dans les derniers jours du mois de mars.
« La force motrice installée pour la mise en mouvement des machines représente plus de mille chevaux-vapeur. Le service hydraulique est établi sur la base d'une distribution d'eau suffisante pour défrayer abondamment les besoins d'une ville de cent mille Ornes.
Malgré les gigantesques travaux qu'expliquent de telles nécessités, Pectine s'est trouvée prête au terme fixé. Mais le succès a- couronné l'entreprise? Ces efforts réunis ont-ils mérité la double et précieuse récompense qu'ils puer- suivaient : l'approbation de Votre Majesté, les suffrages de l'opinion publique ?
Si nous ne nous faisons illusion, le jugement est aujourd'hui prononcé. Tout le monde a été frappé de la conception du plan général et des facilités qu'il offre à la comparaison et à l'étude. Chacun approuve cette loi d'unité qui rapproche, au Champ-de-Mars, les beaux-arts, l'industrie, l'agriculture, l'horticulture, autrefois disséminés dans des locaux distincts, et qui présente dans la même enceinte toutes les manifestations de l'activité humaine.
« L'opinion publique reconnaît que l'édifice , un instant critiqué, est parfaitement approprié à sa destination; elle comprend que les conditions nécessaires d'un classement méthodique et Clo it des nations et de leurs produits ne pouvaient être sacrifiées à la recherche d'un aspect monumental, et que de vastes nefs auraient écrasé les objets exposés, au lieu de les mettre en relief dans leur véritable milieu.
Une nef à hautes dimensions devait être exclusivement réservée aux machines, à ces engins puissants de l'industrie moderne qui exigent une installation proportionnée à leur masse, et un espace dans lequel leur force et leur précision puissent s'exercer sans confusion, sans entraves et sans danger.
« Les dimensions hardies de la galerie circulaire, sillonnée par une plate- forme qui isole et protége le public du contact des machines, ont heureusement réalisé ce programme, et démontré tout à la fois la perfection atteinte pu nos constructions en fer et le haut mérite de l'ingénieur qui a• dirigé ces travaux.
La faveur des visiteurs français et étrangers a également consacré le succès des ateliers du travail manuel, où l'on voit l'habileté de l'ouvrier transformer ingénieusement la matière et lutter avec les machines de perfection et de rapidité; des galeries de l'histoire du travail, riches des trésors empruntés aux collections publiques et particulières ; du parc, avec ses cités ouvrières, ses types
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de constructions des divers pays, si originaux et si pittoresques; du jardin réservé, sorte d'oasis improvisée au milieu de terrains arides; des mesures prises pour profiter de l'heureux voisinage de la Seine, qui donne à ces tableaux variés le cadre mime du fleuve, animé par les pavillons de sa flottille de plaisance; enfin, de l'exposition de Billancourt , où l'agriculteur peut voir fonctionner les outils qui l'intéressent et suivre l'expérimentation des divers systèmes d'exploitation.
« Il nous est permis, Sire, sans blesser les règles dé la modestie, d'énumérer avec quelque complaisance tous ces éléments de succès. Les efforts de la commission impériale, la haute expérience et le dévouement du commissaire général , le zèle soutenu de ses collaborateurs n'auraient pas suffi pour surmonter les difficultés de l'entreprise. Nous n'avons à l'oeuvre qu'une part secondaire , l'honneur principal en appartient à d'autres, et nous voulons consigner ici l'expression de notre reconnaissance envers eux. Las commissions étrangères , composées d'hommes éminents de tous les pays, ont eu, dans leurs sections respectives, la latitude la plus entière. C'est donc à elles que revient le mérite de toutes ces installations originales et élégantes qui ont, par leur variété, tant contribué à la beauté de l'ensemble.
« Dans la section française, le travail des admissions a été préparé par des comités spéciaux, avec zèle et conscience.
L'admission ,mine fois prononcée, il fallait procéder à la réception et à l'installation des produits, Art lieu de centraliser entre ses mains ce travail délicat, la commission impériale l'a confié à des syndicats de délégués , librement élus ou acceptés par les exposants , et qui se sont acquittés de leur mandat avec un désintéressement et une impartialité unanimement reconnus.
« Mais les véritables créateurs de toutes ces splendeurs qu'admirent des flots pressés de visiteurs, ce sont les héros de cette grande solennité, ces cinquante mille artistes, industriels, fabricants, et leurs millions d'ouvriers , dont les travaux constituent à la fois la richesse des peuples et l'histoire de la civilisation.
Il fallait choisir les plus dignes entre tous ces compétiteurs. La mission était hérissée d'obstacles; elle a été confiée à un jury international, vaste et imposant tribunal, composé de six cents membres choisis parmi les notabilités scientifiques, industrielles, commerciales, artistiques, sociales, de tous les pays. Ce tribunal a fonctionné sans relâche. Il a su s'élever dans ces hautes et sereines régions où toute partialité disparait, où l'esprit de patriotisme lui-mêmes'efface avec respect devant un sentiment plus noble encore , celui de la justice. Sous cette généreuse inspiration, les questions les plus controversées de prééminence entre les diverses industries exercées chez des nations rivales ont été abordées et résolues avec une haute sfireté de vues.
Grâce à une activité qui a surmonté toutes les fatigues , les décisions demandées au jury pour le is‘' juillet sont toutes rendues, et le résultat peut en être proclamé aujourd'hui devant Votre Majesté.
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